On change une nouvelle fois de massif montagneux ! Direction les Alpes du Nord, le département de la Haute-Savoie, au cœur des Portes du Soleil et en pays du Chablais, sur la Route des Grandes Alpes, reliant le Léman à la Méditérannée, de Thonon-les-Bains à Menton, sur 684 km et 16 cols.
D’une distance « courte » de
144 km elle affiche 3180 m de dénivelé, avec une ascension finale
face au versant nord du Mont Blanc, et une arrivée après 11 km de
descente : une course nerveuse pour pur
grimpeur semble se profiler… 250 coureurs se sont donnés rendez-vous, parmi lesquels on retrouve de nombreux coureurs FFC locaux (Nicolas ROUX, Nicolas
OUGIER) et quelques membres des grands teams cyclosportifs (Philippe
RONAT et Jean-Pierre RENAUD du team CHAMROUSSE, David
POLVERONI le petit grimpeur de poche « qui monte qui monte »
de l’UC Voiron). Les coursiers suisses
se sont également déplacés en grand nombre…
Le samedi après-midi est mis à profit, après l'inscription, à la reconnaissance des 2 principaux cols parsemant le parcours. Je connais très très bien la région, mais par les chemins de traverse
car c'est l'un des paradis du Vtt en France... L’épreuve débutera de Saint-Jean-d'Aulps, et après 5 km de faux plat montant se présentera l’ascension depuis Montriond du
col de Joux Verte culminant à 1760 m
d’altitude,
un col très roulant menant à la station d’Avoriaz, long de
15,1 km pour un dénivelé de 880 m, soit 5,8% de pente moyenne avec des passages en épingles à 9% ! On redescendra ensuite sur Morzine.
Les
épingles à 9% du col de Joux Verte
Puis ce sera la succession des cols des Arces (1175 m), de Terramon
(1100 m) et de Jambaz (1027 m) entre le 65ème
et le 80ème km, histoire de durcir la course…
Le plat principal demeurera l’ascension du col Hors-Catégorie de Joux Plane par le versant SUD
depuis Samoëns ! C’est un
des cols les plus durs escaladés
tous les 3 ans lors du Tour de France, très court pour un HC puisqu’il ne présente que 11,1 km d’ascension, mais très pentu avec 8,9% de pente
moyenne, et des changements de pente répétés entre replat et raidard. Cette ascension de légende, que je n’ai jamais escaladée, est effectuée en repérage samedi après-midi en voiture, pour une fois de plus ne rien laisser au hasard… Quelques photos :
L'ascension débute à Samöens, à 700 m d'altitude, sur fond des Rochers du Criou
Les 5 premiers km du col offrent des pentes irrigulières de 6 à 13%
au coeur des pré-alpages. Au km 5 un superbe point de
vue s'offre à vous : un panorama sur la chaîne du Massif du Mont
Blanc. Vous êtes à 1100 m d'altitude, déjà 400 m au-dessus de la
vallée de départ...
Km 6 : on quitte les pré-alpages pour entrer dans la forêt de sapins. S’ils procurent une ombre salvatrice, la déclivité est de plus en plus difficile avec une pente à 10% de moyenne pendant 4 km... et le revêtement de la route se dégrade !
Km
10 : on aperçoit enfin le col. Mais
il reste 1,5 km à gravir à 9% de
moyenne !
Après 11,1 km d’efforts violents,
on atteint ENFIN les alpages de Joux Plane :
les vaches laitières paissent en paix…
Vous êtes en Haute-Savoie ! Face au Mont Blanc et ses 4810,90 m, point culminant de la chaîne des Alpes, mais contrairement à la légende c'est le Mont Elbrouz, dans le caucase russe, qui est le plus haut sommet d'Europe (5642 m).
La course : « CANICULAIRE ! »
Le mois de juin
est tellement chargé en cyclosportives qu’il est difficile de faire un choix… Mais en vue de se préparer pour les 2 principales épreuves de HAUTE montagne de
la saison estivale (Marmotte le 05 juillet, Etape du Tour le 06 juillet), les cadors de
la discipline se sont retrouvés au départ de la Morzine- Vallée d’Aulps à
Saint Jean d’Aulps, petit village de 1100 habitants.
Le départ est donné
à 08h00, il fait déjà 20°C… La course démarre
à 30 km/h
sur un profil montant ne permettant de « s'échauffer »
que sur 4
petits kilomètres avant d’aborder le premier col de la journée : Joux Verte et ses 15,2 km à 5,8% de pente moyenne,
mais au profil très irrégulier.
Col de Joux Verte : 15,2 km à 5,8% moyen (884 m / 1760
m)
%
maxi : 8,9%
Pente
: < à 4%
4 à 7% 7 à 10% > à
10%
Après Montriond au km 6 dans la
première rampe de 2 km à 5 puis 7%, Christophe CHANUT et Bruno CRESPY lancent les hostilités, et font exploser à 20 km/h
le gros du peloton par l’arrière… Le cœur monte au-dessus de 175 bpm pour
suivre… Au replat du lac de Montriond nous ne sommes déjà plus que 40 unités !
Et km
14 dès la rampe à 9% montant sur Lindarets, Patrick GUERAUD décide de se
montrer, accélère et fait exploser le peloton de tête, entraînant avec lui les 20 hommes forts du
jour (dont ROUX, OUGIER, DIAZ, POLVERONI, ainsi que LALLEMENT et SMITS)…
Derrière ça s’organise comme ça peut… De petits groupes de 2 à 3
coureurs se forment, chacun grimpant au rythme qui lui convient. Moi je me retrouve esseulé en 25ème position, à vue juste derrière GRAHAM, RONAT, RENAUD et GIORGALLA, et continue
à monter les épingles à 12 km/h en me limitant volontairement à 175 pulsations. Passé le hameau de Lindarets, ça s’aplatit un peu à
5%, et j’en profite pour récupérer (à 20 km/h tout de même) : le cardio affiche
165 bpm. Dans les 2 derniers km la pente s’incline fortement de nouveau à 7 puis 8%, et je décide de faire l’effort pour rejoindre
le groupe de GRAHAM à 170 bpm et
15 km/h. Je les rejoins au sommet km
19, le col ayant été avalé en 48'30’’ à 18,8 km/h, soit une vitesse ascensionnelle de
1090
m/hr.
Nous sommes donc 5 dans la
descente de 12 km sur Morzine, je me fais surprendre dans la 1ère
épingle que je prends un peu vite. Les 4 autres s’échappent, car je descends
« prudemment » à 60 / 70 km/h…
Je « m’écrase » sur Morzine km 31, les 4 ayant pris 1 bonne minute d’avance, et entame isolé la chasse à 50 km/h dans des faux plats descendants rejoignant Saint-Jean-d’Aulps km 42, tout en grommelant sur le fait de
m’être fatigué inutilement dans l’ascension finale, pour tout perdre en 1 virage dans la descente… Mais je me limite au cardio
à 155 bpm, pour ne pas trop entamer mes réserves… Je continue « en chasse patate » jusqu’au pied
du col des Arces km 55, n’ayant pas perdu 1
mètre sur mes prédécesseurs que je continue d’avoir en point de mire au bout des longues lignes droites de la descente, avalée à 50 / 60 km/h, des Gorges d’Abondance (Dranse de Morzine).
Un groupe de chasse d’une dizaine d’individus me rattrape dès les premiers hectomètres du col, et au sommet du
col on a repris les 4 échappés. Les 245 m d’ascension à 7,5% moyen sur 3,2 km ont été effectués
« à bloc » à 170 bpm en 12’20’’ à 15,6 km/h
et 1170 m/hr. Nous allons rester les 15 groupés du 58ème
au 118ème km, gravissant :
-Le col de Terramon km 72 : 3,6
km à 5,5% de pente moyenne en 15’40’’ à 13,8 km/h et 940 m/hr sans forcer ;
-Le col de Jambaz km 77
: 2,0 km à 6,3% de pente moyenne en
8’00’’ à 15,0 km/h et 1110
m/hr.
Nous descendons sur Tanninges km 105, où nous
ratons le ravitaillement en eau
(cela aura son
importance plus tard) roulant « à fond » à 40 km/h, puis remontons à
30 / 35 km/h la vallée du Giffre vers les stations du Grand Massif :
Morillon km 115, puis Samoëns km
118. Le
groupe de 15 est constitué de 2 Anglais (Mark GRAHAM, Jim PETERS), 2 Suisses, 2 Belges (dont Mark VAN DEN BROEK), et de 8 Français (dont GIORGALLA et
RONAT), plus moi. Au pied de Joux Plane, pour nous 15 la bagarre est
lancée pour les places d'honneur et une belle 20ème place…
Col de Joux
Plane : 11,1 km à 8,9% moyen (702 m / 1691
m)
%
maxi : 13,0%
Pente
: < à 4%
4 à 7% 7 à 10% > à 10%
Col HORS
CATEGORIE
Records de
l’ascension : lors du Tour de France, Marco PANTANI en 1997 en
32’54’’ à 1800 m/hr et 20 km/h, Richard VIRENQUE en 2000 en 34’15’’ à 1775 m/hr, Carlos SASTRE en 2006 en 36’00’’ à 1650
m/hr. Un autre monde !!!
J’aborde le pied de cette ascension prudemment en
dernière position, il est midi et la température est de 35°C à l’ombre… Il ne me
reste qu’une gourde pleine ! Nous entrons tout de suite dans la difficulté
avec une première rampe de 2 km à 8,5%.
Tout explose, et chacun prend le rythme qui lui convient.
Moi c’est 175 bpm, et je suis
en dixième position du groupe, juste derrière GRAHAM.
Après un premier replat au niveau de Plampraz,
j’accélère au 2ème km de
l’ascension à un peu moins de 180 bpm pour le
rejoindre, et tenter de lâcher les 5 coureurs décollés. Devant les meilleurs disparaissent déjà (RONAT, GIORGALLA), un ton au-dessus ! Je tiens les pulsations
jusqu’au lieu dit La Combe Emeru 5ème km de
l’ascension. J’ai lâché GRAHAM et un Suisse qui se sont trompés dans le choix de leur développement en
39/23.
Moi c’est 34/25, me permettant de mieux tourner les jambes, et d’avancer plus
vite, la vitesse oscillant entre 12 et 14 km/h en
fonction de la pente ! Le cocktail pente et chaleur est étouffant, insupportable même car l’air ne circule pas trop… A 2 km du
sommet, isolé,
n’ayant plus d’eau, je m’arrête 1’ vers un couple de retraités qui me font généreusement
un plein de gourde en eau gazeuse. Je termine l’ascension « dans le
dur » à 10 / 11 km/h à 170 / 175 bpm, avec un début de crampe à la cuisse droite 50 m
avant la bascule de la descente ! Elle revient souvent celle-là…
Doudou
« dans le dur » dans la partie finale de l’ascension
Les 11,1
km de ce
col de
Joux Plane à 8,9% ont été gravis en 52’30’’ à 12,7 km/h,
soit une vitesse ascensionnelle de 1130 m/hr, très loin des meilleurs cyclosportifs présents (POLVERONI 9ème au scratch en 44’ à 1350 m/hr). Les coureurs qui me précèdent sont assez loin devant (2 minutes), et derrière je n’aperçois personne (ils sont à plus de 1’30’’). J’assure donc dans la descente finale à 50 / 60
km/h, et atteint seul l’arrivée à la station de
Morzine.
Classement final :
-les 144 km en 05h14’39’’ à 28,4 km/h de moyenne à 35’ du premier Nicolas ROUX (à 30,8 km/h) qui colle 13' au second Patrick GUERAUD...
-29ème scratch / 246 ;
-15ème D / 89 ;
-156 bpm de moyenne, avec un maximum de 178 bpm (94% du maxi) ;
-49,8 km d’ascension ; 34,9 km de plat ;
59,3 km de descente ;
-HAUTE MONTAGNE
Mes concurrents dans le classement de la catégorie D :
-Sander SMITS, termine 6ème au scratch à 21’ et 5ème de catégorie ;
-Thierry LALLEMENT, termine 10ème au scratch à 22’ et 6ème de
catégorie ;
-Mark GRAHAM, termine 32ème au
scratch à 39’ et 18ème de catégorie.
Au classement général catégorie D des 30/39 ans après la 6ème course,
je conserve de très peu ma
troisième place (au dizième de point) :
1er/ Thierry LALLEMENT/FRA
: 10° à Aix,
10° à Nevers, 3° à Cogolin, 1° au Ventoux,
17°
à Champagney, 6° à Morzine : 1832
points
2ème/ Mark GRAHAM/ANG
: 23°
à Aix, 27° à Nevers, 5°
à Cogolin, 3° au
Ventoux,
12° à
Champagney, 18° à Morzine
: 1791 points
3ème/ Hervé DOUETTE/FRA :
16° à Aix, 26° à Nevers, 6° à Cogolin, 22° au Ventoux,
19°
à Champagney, 15° à Morzine
: 1772,4 points
4ème/ Sander SMITS/HOL : 17° à Aix, 41° à Nevers, 10° à Cogolin, 7° au
Ventoux,
26° à Champagney, 5° à Morzine :
1771,8 points
Conclusion
:
Je vois revenir sur moi Sander SMITS, qui est un "pur" grimpeur sur les longs cols HORS ou de 1ère catégorie... Il ne devrait
pas tarder à me dépasser, les 2 courses suivantes étant de plus en plus dures... Par contre Mark GRAHAM, avec qui je roule
systématiquement, n'est peut-être pas aussi loin que ça, pour rester sur le podium !!! Ma défaillance durant l'épreuve du Mont Ventoux m'aura fait perdre de très gros
points...
Retour après la course par le sud du lac Léman (Evian, Montreux). Le week-end prochain, direction le sud des Alpes du Nord !!!